29 avril 2024 - Actualités - Ligue Pays De La Loire

Raphaël Plantin, Directeur Technique de l’école de parachutisme de Saumur – Les bonnes pratiques en matière de développement durable

La vallée de la Loire, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, est un écrin de verdure exceptionnel. Ses vignobles verdoyants, ses forêts profondes et ses villages pittoresques témoignent d’une relation profonde entre l’homme et la nature. Les châteaux, joyaux architecturaux qui ponctuent le paysage, servaient autrefois de résidences royales et de centres d’activité économique, contribuant à la prospérité de la région. Niché au cœur de cet environnement, Saumur s’est toujours distingué par son riche patrimoine naturel et culturel. Depuis des siècles, la ville a été façonnée par le cours majestueux du fleuve et la beauté de ces paysages. L’ingéniosité des Saumurois s’est aussi traduite au fil des générations par la transformation des anciennes mines de falun, un calcaire coquillier aux propriétés uniques où sont désormais cultivés les champignons de Paris. Cette conjugaison exceptionnelle conduit aujourd’hui tous les acteurs à se mobiliser face aux défis environnementaux croissants. Le développement durable devient une nécessité impérieuse pour concilier les activités humaines avec la protection de la nature. C’est dans ce contexte que la présente démarche environnementale portée par l’école de parachutisme de Saumur s’inscrit, visant à concilier l’aéronautique et la préservation de l’environnement sur le terrain d’aviation de Saumur. En s’engageant dans cette démarche, l’EFPS affirme sa volonté de préserver les richesses naturelles de Saumur pour les générations futures.

© Yann Guilloton

Saumur, le premier centre à mettre en place de la compensation carbone
Depuis 2014, l’école de parachutisme de Saumur a pris en compte les différentes problématiques liées au développement durable. Pour en assurer la coordination et le déploiement, un élu issu du comité directeur, dédié à cette thématique, a été nommé. C’est via l’association parisienne, Air Pure Projet, que l’école compensait sa consommation de kérosène annuelle dans une démarche de reforestation, au Pérou. « En 2014, cette démarche était novatrice. Depuis, les analyses ont évolué et nous nous sommes rendu compte que la reforestation n’est pas vraiment un sujet d’avenir » explique Raphaël Plantin, Directeur Technique de l’école. « Ce qui nous a interpelés était de dédier 20 ou 30 centimes par saut, pour de la compensation carbone, vers une association où nous n’avions ni contrôle ni capacité de suivi sur ce qui était fait. Nous avons donc décidé de prendre des mesures en interne ». L’enveloppe est restée la même, 20 centimes par saut. Afin de maitriser l’ensemble du processus, l’école de parachutisme s’est rapprochée de la mairie de Saumur, des associations saumuroises et du tissu local afin de participer à des projets liés aux valeurs de l’association. « Malheureusement, nous n’avons pu aboutir sur ces démarches, et, en 2020, le Covid est arrivé ». Avant l’arrivée de la pandémie, les membres de la direction avaient également constaté une déperdition d’énergie dans le chauffage. Dès 2013, les locaux avaient été repeints en blanc ce qui permet, à l’heure actuelle, de lutter contre les vagues de chaleur estivales. Afin de continuer à réduire ces coûts énergétiques, le club a aussi investi dans un système de chauffage à inertie sur certaines parties du club.

© Yann Guilloton

Un plan de relance économique
Suite au premier confinement et dans le cadre du plan de relance économique, des aides ont été mises en place, permettant notamment le changement du véhicule du club. « Nous nous ne sommes rapprochés de Renault, à Saumur, afin de faire l’acquisition d’un véhicule électrique. Cet achat fait partie de notre engagement RSO (Responsabilité Sociale des Organisations), mais il répond aussi parfaitement à notre demande. C’est un véhicule avec une autonomie de 200 km qui nous permet de réaliser toutes les liaisons quotidiennes (amener des personnes vers l’avion, aller chercher quelqu’un à la gare…) » se félicite Raphaël.
Ce plan de relance a également conduit le club saumurois à s’interroger sur son activité. La création d’une extension d’hébergement a, par exemple, augmenté la capacité d’accueil sur le site, réduisant les déplacements lors de plusieurs journées de saut. « Nous avons fait le choix de faire installer des toits végétalisés afin de conserver la fraicheur. Ces modules en bois ont permis d’augmenter notre capacité de couchage avec 16 installations en plus ». En plus des toits végétalisés et des modules en bois, cet agrandissement est également muni de pompes à chaleur réduisant de manière importante la consommation d’électricité. Sans oublier que, l’été, les climatiseurs sont réglés selon les normes gouvernementales.

De la sensibilisation en interne
Souhaitant aller toujours plus loin dans la démarche, l’association a également mis en place des actions concrètes via le tri sélectif, en étant équipée, notamment, d’un composteur, tout en combinant cet aspect avec des actions de sensibilisation auprès des adhérents. « Nous ne sommes pas complètement vertueux, et nous sommes parfaitement objectifs en nous posant les bonnes questions. Nous savons parfaitement que n’avons pas d’avion électrique ou d’avion à hydrogène. Mais je suis persuadé qu’il faut mener une réflexion plus profonde. Au-delà de la consommation de kérosène, nous ne devons pas avoir honte de notre activité » noteRaphaël qui souligne également que leur avion, un Pilatus des années 60, est en parfait état de marche et son entretien régulier permet une utilisation efficiente. Il n’y a pas de surconsommation par l’achat d’un nouvel avion ni de déchets supplémentaires. Bien sûr, le monde parachutiste est dans l’attente d’évolutions en matière d’aéronefs, mais « il faut aussi faire appel à un simple bon sens et avoir une pratique raisonnée ».
En interne, de nombreuses « campagnes de sensibilisation » sont mises en place telles que de l’affichage, près des douches afin de sensibiliser les usagers à limiter le temps de douche à 2 minutes. Par ailleurs, au niveau des membres du club, un groupe de covoiturage a été mis en place, toujours dans l’objectif de minimiser l’impact carbone. « À l’heure actuelle, nous nous interrogeons également sur la gratuité des hébergements pour nos licenciés qui viennent en train afin de valoriser celles et ceux qui se mobilisent pour réduire leur impact à tous niveaux sur l’environnement ».
Le Directeur Technique ne se voile pas la face au regard d’une activité sportive pouvant être considérée comme polluante, tout comme le sont les sports automobiles ou autres. Tout doit donc être fait pour neutraliser cet impact carbone par le biais d’actions concrètes. Au sein de l’Ecole Française de Parachutisme de Saumur, la discussion est toujours ouverte. La sensibilisation du plus grand nombre passera par ces échanges plus que par quelques centimes versés pour la reforestation.
Depuis peu, et afin de mettre en lumière les actions RSO exemplaires menées, le club communique sur les réseaux sociaux. Cette mise en exergue se veut source de sensibilisation, de compréhension et d’acceptation pour toujours plus d’actions personnelles. « Dans notre démarche nous incluons les nuisances sonores. Nous nous sommes imposé des restrictions, dans un respect total de nos riverains. Depuis 4 ans, nous percevons un impact très positif. Nous recevons beaucoup moins d’appels téléphoniques et les relations sont désormais plus sereines ».
Le club saumurois débute ses séances plus tôt, mais termine également plus tôt, tout en respectant la pause méridienne, afin de préserver les riverains. Raphaël Plantin souligne aussi que « cette année, nous allons également éviter de voler les lundis ! Ce sont des restrictions qui ne nous pas été imposées, mais que nous avons choisi, sciemment, de mettre en place, afin de respecter, encore une fois, notre environnement ».
Dans le cadre de la RSO, un nouveau projet associatif a également été voté en assemblée générale : celui d’atteindre, en 2028, la parité au sein du Comité directeur. « Notre volonté est d’impliquer l’ensemble des adhérents. Nous sommes réunis de notre passion commune, certes. Mais c’est aussi une association de bénévoles, de pratiquants, et nous entendons avoir une gouvernance mêlant autant d’hommes que de femmes ».

© Yann Guilloton

Un groupe de travail dédié à améliorer l’impact environnemental
Raphaël Plantin est activement impliqué au sein du groupe dédié à l’amélioration de l’impact environnemental instauré par la Fédération Française de Parachutisme. Il en exprime toute sa satisfaction en soulignant son enthousiasme pour répondre positivement à la demande du président, Yves-Marie Guillaud, qui a activé ce groupe et lui a proposé d’en faire partie ! 
Les échanges sont nombreux au sein de ce groupe de travail et les suggestions qui en émergent sont parfois à l’opposé d’idées préconçues. Pris en charge par Isabelle Deschamps, il permet tout autant le questionnement que la prise de grandes directives. « Le premier travail du groupe a été la réalisation et l’étude du bilan carbone de la Fédération Française de Parachutisme. C’était indispensable pour analyser, objectivement, ce que représente le parachutisme en termes de bilan carbone ».
Raphaël avait déjà initié cette démarche en réalisant, « à son niveau », ce type de bilan sur la structure de Saumur. Pour ce premier constat, il avait utilisé comme marqueur la consommation de kérosène. L’analyse a témoigné que « la consommation annuelle représente un vol Paris – New York pour, approximativement, 1200 personnes qui sont montées dans notre avion. »
Fort de tous ces éléments et discussions, le directeur technique saumurois questionne la pratique avec bon sens, mais ne la remet pas en question. « Il est tout à fait possible de pratiquer tout en s’interrogeant sur ce qui peut être mis en place pour être plus vertueux tout en étant réaliste. Est-ce qu’une semaine de vacances en Guadeloupe est plus vertueux que de réaliser 50 sauts en parachute pas an ? Chacun est maitre de ses choix, mais cela ne doit pas induire une vision réductrice de notre activité sportive ».
L’objectif du groupe de travail est donc de réfléchir à ces actions sans perdre de vue leur mise en œuvre afin de poursuivre la sensibilisation des pratiquants tout autant qu’une meilleure information des autres publics. Le but est de « s’interroger, d’éduquer sur les questions de l’environnement et de développer une approche de bon sens pour préserver ».

Mutualiser les bonnes pratiques
Le groupe de travail a également pour finalité de mutualiser les bonnes pratiques réalisées sur l’ensemble du territoire afin de réaliser un « guide des bonnes pratiques ». Dans les perspectives d’avenir, la mairie de Saumur a décidé de mettre en place un projet d’usine photovoltaïque sur l’aérodrome. « Nous ne nous sommes pas opposés au projet. C’était pour nous une évidence, car nous sommes en très bons termes avec le maire de notre ville. Tout s’est fait en concertation et nos contraintes ont été intégrées ». Alors, certes, il y aura des impacts sur l’activité liés à cette implantation, mais Raphaël rappelle qu’il « est difficile de vouloir s’investir dans le développement durable, de questionner sa pratique, de tenir un tel discours et de s’opposer aux panneaux solaires ». C’est en ce sens qu’il souligne l’ambiguïté des discours : « C’est un peu le paradoxe de la société actuelle. La volonté est de décarboner, mais dans ce cas, compliqué d’être contre les éoliennes, le nucléaire, le solaire !! Parfois, j’ai la sensation que, quoi que l’on fasse, cela ne sera pas pertinent ».
Malgré tout, notre DT garde le cap de son engagement et ses convictions pour aboutir à un discours commun au sein de toutes les structures fédérales via un « guide des bonnes pratiques et un livret de bonnes conduites » balayant le champ de tous les possibles quant à la consommation carbone.
Raphaël ne voulait pas conclure cette interview sans mentionner l’énergie communicative portée par Isabelle Deschamps et Isabelle Dreyssé, particulièrement impliquées dans ce projet, et qui vont, c’est une évidence, aboutir à un résultat concret pour l’ensemble du parachutisme français.

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